L’enlèvement d’Europe : solution

Analyse iconographique : 

enlèvement europe fresque

L’enlèvement d’Europe, fresque de la maison de Jason, Pompéi, Musée archéologique de Naples, 15 av JC-15 ap JC.

Description :

La scène représentée précède l’enlèvement.

Europe est assise en amazone sur le taureau et se retient de la main gauche à la tête de l’animal. De la main droite, elle lève le pan de son himation, ce qui dénude la poitrine. Sa peau est très blanche. On devine un collier autour de son cou.

Le taureau est au centre de la scène, représenté de trois-quart face. Il est puissant mais ne produit aucun effroi.

Le décor : à droite, trois jeunes femmes, les compagnes de l’héroïne, vêtues et coiffées avec élégance. Le paysage est marqué par une colonne, une source, un bosquet, des arbres au feuillage léger.

La représentation du mythe d’Europe faisait partie d’un ensemble comprenant également la lutte d’Héraclès contre le centaure Nessus et une image du concert de Pan et des Nymphes.

Technique : fresque : peinture sur le mur enduit et encore humide

Interprétation :

Les trois compagnes d’Europe semblent marquer une expression différente : la première vient flatter le museau de l’animal alors que la deuxième paraît impassible et que la dernière semble se tenir en retrait.

Ce qui frappe c’est le caractère assez figé de l’ensemble : les sentiments sont à peine esquissés, il n’y a pas de mouvement ; la scène s’inscrit dans un paysage assez inattendu, puisqu’il est dominé par une colonne et un bosquet.

Le jeu de couleur des vêtements, le thème de la poitrine dénudée donnent aussi un caractère assez convenu à cette scène. La violence du rapt semble disparaître et l’ensemble est sans grande tension dramatique.

 

 

enlèvementEuropemosaique

L’enlèvement d’Europe, Mosaïque du IIème siècle après JC, Musée de l’Arles antique, France.

Cette mosaïque polychrome figure  l’enlèvement d’Europe, fille du roi de Tyr, par Zeus métamorphosé en taureau blanc qui emporte la jeune fille à travers la mer depuis la Phénicie jusqu’en Crète.

Europe est assise en amazone, les jambes nonchalamment croisées, retenant son voile gonflé par le vent. Sereine, elle ne paraît pas le moins du monde redouter son ravisseur au regard langoureux et à la puissante musculature.

Le mosaïste a rendu la transparence de la mer figurée par des tirets fragmentés sous une ligne d’horizon.

La mosaïque – qui mesurait 4 mètres de côté et dont seul le panneau figuré a été déposé– est parfaitement conservée à l’exception de grosses tesselles blanches, dans l’angle supérieur droit, attestant de réfections antiques. Les tesselles rouges sont constituées de fragments de terre cuite retaillés. Au moment de la découverte, les tesselles bleu nuit figurant l’eau étaient rendues par des pâtes de verre, ainsi que les bracelets en verre transparent légèrement teinté. Les pâtes de verre vertes et les tesselles dorées des bracelets ont été ajoutées lors de la restauration au début du siècle.

enlèvement europe assiette

L’enlèvement d’Europe, vers 330 avant JC, coupe noire à figures rouges, Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche.

Arthur Rimbaud, Soleil et Chair
Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d’Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d’or fleurit sa chevelure.

Arthur Rimbaud, Reliquaire, Soleil et chair, 1870

 

Le mythe :

Selon une version du mythe, Europe, fille du roi de Tyr, une ville de Phénicie (actuel Liban) fait un rêve. Le jour même, Zeus la rencontre sur une plage de Sidon, se métamorphose en taureau blanc, afin de l’approcher sans l’apeurer et échapper à la jalousie de son épouseHéra. Imprudente, attirée par l’odeur d’un crocus qui se trouve dans sa bouche, Europe s’approche de lui. Chevauchant l’animal, elle est enlevée sur l’île de Crète à Gortyne (ou au nord du Bosphore selon certaines versions). À Gortyne, sous un platane qui depuis lors est toujours vert, Europe s’accouple avec Zeus, sous forme humaine cette fois. De leur union naissent Minos, Rhadamanthe (qui deviendront tous deux juges des Enfers) et Sarpédon qui s’exila en Anatolie, à Milet. Plus tard, Europe est donnée par Zeus comme épouse au roi de Crète, Astérion.

enlèvement europe pièce2eurosPièce grecque de 2 euros, 2010.

L’étymologie grecque couramment admise de ce nom y voit un composé de εὐρύς, « large » et ὤψ, « œil, vue ». La terre « à l’aspect large » constitue une vieille épithète de la Terre que l’on retrouve dans plusieurs traditions indo-européennes : « la large terre » en grec, « la large terre » ou simplement « la large » en sanskrit, et de même dans les langues germaniques. Europe serait ainsi l’une des figures de la déesse Terre, renouvelée.
Cependant cette étymologie ne tient pas compte de l’origine phénicienne d’Europe. En arabe, langue phénicienne comptant le plus de locuteurs de nos jours, « aruba »  veut dire belle femme aimante, et c’est une caractéristique plausible d’Europe, fille d’Agénor.
Selon une autre hypothèse, la première mention connue du mot proviendrait d’une stèle assyrienne, qui distingue les rivages de la mer Égée par deux mots phéniciens : Ereb, le « couchant », et Assou, le « levant ». L’origine des noms grecs Eurôpê et Asia se trouverait dans ces deux termes sémitiques par lesquels les marins phéniciens désignaient les rives opposées de la Grèce actuelle et de l’Anatolie. La mythologie grecque perpétuerait l’origine sémitique du mot, en en faisant le nom de la princesse phénicienne.